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Phobie d'impulsion - Peur d'être raciste

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(@headlightfinck)
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Début du sujet  

Bonjour,

Je vous écris ce post difficilement car il s'agit d'un sujet encore très sensible chez moi et j'en ai encore extrêmement honte. En effet, j'ai depuis plusieurs années une phobie d'impulsion. Elle peut concerner plusieurs sujets mais principalement, elle touche au sujet de l'intolérance et de la xénophobie.

Pour vous faire un "rapide historique", je suis issu d'une famille profondément dysfonctionnelle. Ma mère et mon père ont divorcés alors que j'étais très jeune. Alors que mon père ne s'occupait pas de moi, il lui a été confié ma garde. Ma mère est partie un temps, a rencontré un nouveau conjoint, puis je ne la voyais qu'un week-end sur deux. Pour vous expliciter l'ambiance du moment, mon père ne s'occupait pas de moi et me balançait alternativement entre ma tante et ma grand-mère. Puis lorsque j'étais chez ma mère, c'était des relations très conflictuelles, une grande exigence de comportement de la part de ma mère et une autorité qui se soldait à de rares occasions par des coups. Aussi, disons que d'un point de vue psychanalytique, manque de sécurité, manque de cadre, manque d'affection. Evidemment (autrement ce n'est pas amusant), on rajoute à la recette deux parents névrosés qui déversaient généreusement leurs anxiétés sur ma petite tête d'enfant.

Durant cette période, les résultats de ce contexte ont été des terreurs nocturnes très fréquentes, des rituels de réassurance et également des TOC type comptage des pas avant d'aller dans mon lit, comptage des marches avant de monter l'escalier ... La seule réponse de mes parents à cela furent de pointer la bizarrerie du comportement ou de faire mine de ne pas le remarquer. J'imagine qu'ils n'avaient pas le recul nécessaire pour cerner le signifiant de ces comportements. Côté scolaire, je pense que j'avais également un comportement étrange et perturbant car j'étais systématiquement la cible d'harcèlement. Cela a développé (ou entretenu) une peur de l'environnement scolaire et un mal-être général concernant mon corps et mes pensées.

L'adolescence tardive et le début de l'âge adulte (de mes 16 à mes 25 ans) furent un moment de répit. J'ai pu me détacher du joug parental, j'ai pris mon indépendance, je me suis fait des amis et j'ai pu avancer. Aussi si l'anxiété était toujours présente, elle n'était pas handicapante au quotidien. J'ai pu ainsi faire mes études dans différentes villes, j'ai fais mon master à Paris et ai pu me construire un quotidien sans entrave.

 

Cette période fut cependant rompu par une séparation amoureuse. Je me suis trouvé alors seul sur Paris, profondément ébranlé dans mes structures affectives. Ce fut l'heure de la décompensation et de son cortège d'affres émotionnels. Je devais passer mes épreuves de partiels alors que j'avais les plus grandes difficultés à me lever le matin. Peur de me suicider, peur de vomir et de ne plus pouvoir m'arrêter, peur d'avoir des conduites étranges ... Ces sentiments ne me lâchaient pas du matin au soir. C'était épuisant, terrifiant, et je ne souhaite cette douleur à quiconque, jamais. J'ai péniblement passé mes partiels, établissant des routes à l'avance sur Google Maps pour me rendre aux amphithéâtres, luttant contre une peur galopante entouré par plusieurs centaines de personnes dans de grandes salles silencieuses. Je ne sais absolument pas aujourd'hui comment j'ai pu écrire 4h sur "La culture de guerre au 20e" alors que j'avais le sentiment d'être à quelques minutes de ma propre fin.

 

Une fois ces épreuves passées, je suis rentré dans ma ville natale. La pression est retombée et les nerfs aussi. L'état d'alerte constant a fait place à un état dépressif écrasant entrecoupé de crises anxieuses liés à la phobie d'impulsion. Je n'avais plus vraiment peur d'être malade ou de me faire du mal, en soit car j'avais réussi à dépasser ses peurs. Aussi si je suis malade je m'arrêterai d'être malade, si je me suicide, c'est ainsi. L'athée que je suis n'y voyais rien d'autre qu'une finalité bien dommage mais à relativiser au regard de ma condition humaine. Aussi, la nature n'aimant visiblement pas le vide, ces pensées ont été remplacés par une image bien plus paralysante pour moi. 

 

Et si j'étais raciste ? Si d'un coup d'un seul ou à force de me répéter assez la question, j'en venais à commettre des actes ou à prononcer des paroles racistes ? Je me dégoutais à avoir de telles pensées, cela venait ébranler tout mon système de croyance, m'a fait mettre en doute ce que je suis. Si ma morale n'était qu'un camouflet social pour masquer une sorte d'instinct qui ne serait que rejet de l'autre, intolérance et violence ? Je me suis donc détesté, j'ai haï chacune des pensées qui me parvenait et chacune des paroles que je m'imaginais prononcer. Cette peur se renforçait lorsque je rencontre quelqu'un qui n'avait pas la même couleur de peau que moi. J'ai alors peur de lui dire des insanités, de la blesser. Pour moi chacune de ces réactions à ces stimulus extérieurs étaient autant de preuves qu'effectivement je devais être ce terrible monstre raciste. Pourquoi cette phobie d'impulsion là plutôt qu'une autre, c'était là aussi une autre preuve d'un fond mauvais, raciste en moi. J'étais devenu tout ce qui me fais horreur et cette nature allait sans nul doute bientôt se projeter autour de moi et me condamner. Condamner l'image que j'ai de moi, condamner le récepteur de mon message à se sentir opprimé ainsi que discriminé, enfin me condamner socialement puis physiquement. La seule issue étant alors la prison pour mes actes ou le suicide car je ne me voyais pas capable de vivre dans la peau d'un homme capable de commettre de tels horreurs. 

Je me suis donc enfermé. Je n'ai pas quitté la ville dans laquelle je vis depuis plusieurs années et il arrive certaines périodes ou je ne suis simplement pas capable de quitter mon appartement. J'ai la chance de faire un travail qui se pratique en télétravail, donc je n'ai pas été tant pénalisé que ça d'un point de vue professionnel mais évidemment cela entraine tout de même un train de frustration et une énorme forme d'empêchement. Il m'est impossible de voyager, difficile de maintenir une relation amoureuse équilibrée et complexe de maintenir des liens tout court. Dans ce contexte, j'entretiens tout un tas de mesure d'évitement. Mon véhicule n'est toujours pas très loin du lieu ou je suis histoire de me laisser la possibilité de fuir si besoin, j'ai toujours mes médicaments et un petit couteau avec moi pour me laisser la possibilité virtuelle de mettre fin à mes jours si une crise de folie me prenait et m'encouragerait à agresser autrui ... Ce sont des mesures qui entretiennent mes anxiétés mais qui me permettent aussi de me mesurer tout de même à mon quotidien.

J'ai vu trois psychanalystes et un psychiatre. J'ai eu la chance dans ce contexte de ne voir que des gens assez intelligents pour ne pas m'accuser d'être effectivement ce que je répudiais. Le psychiatre m'a quand à lui indiqué un traitement classique dans ce contexte à savoir Paroxetine (Anti-dépresseur indiqué dans l'anxiété) et Seresta (anxiolytique). Ce n'est cependant qu'à la troisième professionnelle de santé (et donc après plusieurs années de relative errance diagnostique) que j'ai pu découvrir le concept de phobie d'impulsion. Cela n'a pas résolu mes problématiques mais m'a permis de faire correspondre mes symptômes à des cases déjà éprouvés (ce qui amène toujours quelque peu de réassurance). Ces professionnelles et cette considération m'a permis plusieurs choses. En premier lieu de parvenir parfois à bien identifier des pensées comme étant la source seule des mes TOC. En second lieu de m'apporter de la réassurance sur l'impossibilité d'un passage à l'acte (réassurance qui a ses limites bien évidemment). En troisième lieu de m'apporter un regard plus bienveillant sur moi même et sur les difficultés que j'ai pu rencontrer dans ma vie. Enfin de connaitre des gestes, des schémas, des images qui ont pu me porter secours lors de crises particulièrement sévères.

J'ai découvert récemment ce site internet et ces contenus également, je me suis largement reconnu dans ces descriptions et j'essaye aujourd'hui d'appliquer ces principes au quotidien mais je sais qu'encore aujourd'hui la route est probablement encore longue.

Aujourd'hui je fais du sport quotidiennement, j'essaye d'être plus bienveillant avec moi même et je me consacre à des exercices d'exposition avec ma psychologue ainsi que la méthode du créateur de cette plateforme. (Qui se rejoignent sur beaucoup de points).

J'espère ainsi progressivement parvenir à m'extirper de ces affres et à me convaincre que je ne suis pas cette personne horrible que je décris en pensée. Si vous êtes dans une situation similaire, je suis très sincèrement de tout coeur avec vous. Vous n'êtes pas une mauvaise personne, vous accordez simplement une importance démesurée aux pensées qui vous passent par la tête. J'espère sincèrement que vous parviendrez à faire disparaitre vos TOC pour profitez pleinement de ce que la vie vous offre. <3


   
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